Drague

 

 

             La Féria, évènement populaire et propice à la drague, permet une certaine décontraction, facilitant ainsi toutes tentatives d’approche.

            D'abord au plan du look. Les filles branchées là-dessus se sentiront plus que jamais autorisées à porter vêtements très moulants, corsages transparents, décolletés profonds, petits shorts. “ Plus c'est sexy, moulant et court, plus ça excite les mecs ” nous dit une adepte des shorts style raz-les-fesses et tape-à-l’oeil. D'autres, chercheront à marquer un genre en portant chapeaux-cloche, caquettes à l’américaine, foulards façon Renaud ou encore foulards portés sur la tête à la manière des corsaires. “ Je déteste m'habiller comme les autres, surtout dans les fêtes où il y a beaucoup de monde, j’ai pas envie de passer inaperçue. ”

            Et pour les garçons, que conseiller ? “ Les baskets ça fait blaireau ; au contraire les bottes ou les docks donnent une allure plus virile. ” Ne parlons pas des mocassins : “ Ca fait pédale ! Encore au lycée c'est potable, mais pour la Féria... ” Toutes les filles consultées s'accordent sur le fait que le garçon doit porter des jean’s. Mais pour le haut ? Eve-Laure préfère le Marcel, mais sans baskets, avec des baskets ça ferait beauf.” Toutefois le garçon qui porte un débardeur style Marcel ne fait pas l'unanimité parmi les filles dont beaucoup s'accomodent d'un style jean’s - Tee-shirt uni.

            Il faut dire que, contrairement aux apparence, pour de nombreux jeunes la tenue n'est pas un élément primordial de la drague durant la Féria. C'est ce qu'affirment 71 % des garçons et 62 % des filles. Plusieurs nous ont même sorti : “ Pourquoi se saper ? Pendant la Féria, même les thons se font draguer ? ” Qu’est-ce qui vient motiver la drague à ce point ? Les jeunes, quasi unanimes, tous sexes confondus, répondent : l'alcool ! Les garçons disent :  “ On délire plus et c'est mieux pour draguer. ” “ L'alcool rend les gens moins coincés. ” “ Quand on est bourré on fait moins attention aux partenaires, on saute sur les filles. ”, ce qu'un autre exprime ainsi : “ Avec l'alcool, vers la fin de la nuit, tu reconnais pas si c'est un thon ou un canon. ” Arguments de phallocrates ? Interrogeons les filles ! “ On perd sa lucidité. ” “ Quand on a bu, on a moins honte. ” “ On agit plus instinctivement ”, disent les plus réservées. Exprimé par les p'tites dévergondées cela donne : “ Fino, sangria, téquila se chargent de tout,... un échange de mot, un verre et c'est dans la poche. ”

            L'alcool ayant fait sa part des choses, c’est-à-dire ayant effacé toute inhibition se pose le problème de l'approche. A notre question : Y a-t-il des façons particulières de draguer durant la Féria, un garçon répond : “ Je les prends et je les embrasse ”, son copain précise sa technique : “ Moi, je choisi le rentre-dedans ”, approche qu'un autre classe dans la rubrique méthode bourrin : “ Tu réféchis pas et tu vas droit au but. ”

            A notre grande surprise la même stratégie est évoqué par les petites chéries devenues délurées pour l’occasion. Le “ rentre-dedans ” est préconisé par une charmante lycéenne. Sa copine évoque “ l'approche au culot ”. Deux autres écrivent que pendant la Féria “ il ne faut pas hésiter à allumer les mecs ”. Une autre, moins directe mais guère plus sage, suggère pour séduire les garçons de “ leur offrir un verre en riant ou en dansant ”.

            A tout cela s'ajoute la promiscuité dans la rue ou les bodégas, ce qui n'est pas sans favoriser le contact, dans tous les sens du mot : “ Le jeune homme collé derrière vous a certaines facilités pour explorer votre anatomie.”

             Ainsi la Féria est un événement propice à la drague. Carburant, promiscuité, liberté de look constituent un cocktail détonant. Mais ne peut-on proposer une autre analyse d'inspiration sociologique, en terme COUT-AVANTAGE ? L'avantage recherché est le même durant la Féria et hors Féria : conquérir un ou une partenaire. Mais les risques (les coûts) supportés par le dragueur ou la dragueuse sont  bien inférieurs en période de Féria. C'est ce qui explique la multiplication des tentatives.  Si tu dragues une fille au lycée et que ça marche pas, tes copains se foutent de ta gueule. Si tu prends trois ou quatre râteaux à la suite, tu deviens le boité de la classe. ” Tout change en période de Féria : C'est bourré de monde, personne te connais. Si tu te fais remballer par une dizaine de nanas, t'en a rien à battre.”

            De même pour les filles en temps de Féria les coûts de la drague, ou de l'acceptation de la drague, se trouvent réduit par rapport à la vie ordinaire. Une fille qui au lycée sortirait avec quatre ou cinq mecs dans le trimestre serait qualifiée de salope. ” Durant la Féria ce risque (ce coût) s'efface car d'une part, du fait de la surpopulation, presque personne sera témoin de ses aventures mis à part ceux avec qui elle a décidé de faire la Féria donc des personnes qui partagent son point de vue ; et d'autre part l'ambiance est telle que tout le monde s'en fout. A ce moment là tout est permis. Pour donner une idée de cette ambiance extrayons deux chiffres d’un de nos sondages : 45 % des filles et 58 % des garçons interrogés considèrent qu'en temps de féria ce n'est pas un drame si l'on “ oublie ” son ou sa petit(e) ami(e).

            Parents tremblez pour vos enfants lâchés dans les rues durant la Féria. Mais au fait, que faisaient les parents en leur temps ? C’est ce que vous découvrirez lors de la prochaine édition du livre.

 

            Emmanuelle Nachin et Magalie Gonzal.

Sondage mis au point l’année précédente par Nicholas Hébrard, Lionel Martinez et Laurent Tarrega.

 

Source : La Féria de Nîmes, tome 1, éd. AL2, 1994. Sous la direction de R Domergue

 

 

 

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