Les belles bagnoles

 

 

 

 

 

On a travaillé pour les payer

 

            « Toutes ces belles voitures, alors qu’ils ne travaillent pas » (Rose). « Ça roule en BM, ça travaille pas » (Xavier). « Tu les vois en BMW, avec des Mercedes décapotables, des jeunes de 19 ans, sans emploi. Les autres se disent : Pourquoi travailler ? » (Christophe).

 

 

            Une question se pose alors : Comment peuvent-ils s’offrir de pareilles voitures ? La réponse est quasi unanime : « C’est les trafics en tous genres. »

            Les Maghrébins sont excédés par cette interprétation. « Les gens ne supportent pas qu’on ait de belles voitures, pourtant on a travaillé pour les payer. » En effet, Fadoua et son mari, la trentaine, ont monté une société de nettoyage ; ils ont obtenu des contrats pour nettoyer des appartements neufs avant livraison, travail peu gratifiant. « Il faut voir l’état des toilettes, les artisans se gênent pas pour y aller alors qu’il n’y a pas d’eau dans la chasse. » Autres réactions. « J’ai un copain qui est à l’armée, il a acheté une Audi, 25 000 €. Aux yeux des gens d’ici, c’est pas normal » (Kamel).

 

 

            « Mes deux frères aînés gagnent bien leur vie, dans les 2000 € pour le premier, sa femme travaille, 1500 € pour le second, il vit avec les parents. Ils aiment les voitures du genre Audi Cabriolet. Mais elles sont gagnées par le travail. Les banques leur font crédit » (Ouadia).

            Mais Younès, qui roule dans une superbe Mercedes, est simple saisonnier dans l’agriculture, peut-il s’offrir une telle voiture ? « C’est un gros travailleur, il prend tout ce qu’on lui propose, le dimanche même, il compte pas ses heures », explique Sélim, qui le connaît bien. Combien peut-on gagner en prenant tout le travail qui se présente ? La question est posée à un viticulteur. « J’emploie un ouvrier qui fait cinq mois de taille, à forfait, et gagne tous les mois environ trois fois le SMIC, en travaillant le samedi et le dimanche. Au printemps il se fait embaucher aussi pour les asperges. En saison creuse, il fait de la maçonnerie. » Si l’on considère que seule une partie de la rémunération est déclarée et qu’il est logé chez les parents, l’achat d’une belle voiture peut effectivement se concevoir. Pour les jeunes Maghrébins, posséder une belle voiture est un choix de vie. « J’en connais, tout leur argent est pour le crédit, ils mangent rien. C’est tout pour la galerie. » (...)

 

S’il est parfois difficile de comprendre comment sont payées certaines voitures, dans bien des c'est le produit du travail. C’est parfois aussi la voiture dont les parents se servent pour se rendre au Bled, ou celle d’un oncle aisé, entrepreneur par exemple.

 

 

Source : L’intégration des Maghrébins dans les villages du Midi, René Domergue,  Autoédition 2011, p.99-100

 

 

 

Accueil

 

Sommaire

Texte suivant

Début de page